Hubert Chémereau
Saint-Nazaire et sa région, la “Californie bretonne”, sont l’un des grands pôles industriels de la péninsule. Cela a notamment été le cas pour les navires méthaniers, notamment le Beauvais, dont Hubert Chémereau nous raconte la saga.
En 1962 débutait, en sud Bretagne, la saga des méthaniers avec la station expérimentale à gaz de Nantes et un vieux Liberty ship, le Beauvais, transformé en navire laboratoire à Saint-Nazaire. Deuxième méthanier au monde après l’Américain Methane Pioneer, un autre Liberty ship reconverti, le Beauvais a participé aux débuts d’une fabuleuse aventure et restera, à ce titre, dans l’histoire mondiale des méthaniers. La mise au point des techniques permettant de transporter par mer le gaz naturel a constitué l’une des réalisations les plus ambitieuses de l’histoire de l’industrie navale et du transport maritime.
La saga de GTT
À la suite de cette aventure technologique et humaine, les ingénieurs et techniciens des Chantiers de l’Atlantique vont avoir un rôle majeur dans la mise au point sur le plan industriel des brevets des deux jeunes sociétés françaises d’engineering Technigaz et Gaztransport nées dans le sillage des essais du Beauvais. Pour rappel, ces sociétés – qui ont fusionné en 1994 sous le nom de GTT – sont spécialisées dans la conception des systèmes de confinement à membrane cryogénique équipant les cuves des unités de transport et de stockage du gaz naturel liquéfié (GNL).
La création de GTT a permis de combiner les avantages des deux procédés pour créer un troisième dénommé CS1 (Combined System 1) dont le premier méthanier à bénéficier de cette technologie a été livré par les Chantiers de l’Atlantique en 2006. La part de GTT, avec sa technologie, est de plus de 95 % des méthaniers construits dans le monde. Le groupe s’attend à des commandes records dans un marché estimé à plus de 400 méthaniers d’ici 2035. L’avance technologique de GTT, grâce à ses brevets et à son expérience de plus de 60 ans, prend ses racines dans l’aventure bretonne du Beauvais.

Le retour d’expérience des essais et tous les travaux qui en ont découlé ont permis aux ingénieurs nazairiens de développer un partenariat très fructueux avec Technigaz et Gaztransport qui aboutira, dans les années 1970, à la reconnaissance de l’expertise et du savoir-faire des Chantiers de l’Atlantique auprès des armateurs.
La naissance du méthanier
Revenons aux origines, au début des années 1960. Pour les responsables des chantiers nazairiens, l’idée est de préparer l’avenir en misant sur des avancées technologiques permettant la diversification qui leur a déjà bien réussi dans la construction de pétroliers toujours plus imposants. Les ingénieurs nazairiens planchent ainsi, depuis 1960, sur la mise au point d’un nouveau type de bateau : le méthanier.
Il a fallu attendre la fin des années 1950 pour que le gaz puisse être transporté par mer. Pour ce faire, il faut réduire de 600 % le volume du méthane gazeux en le liquéfiant par abaissement de sa température à – 162 °C. À cette température, les aciers des coques de navires ne peuvent résister et cassent comme du verre. Il faut donc développer un système d’isolation thermique indépendant de la structure du navire, d’où la série d’essais du Beauvais.
En ce début des années 1960, la concurrence américaine a une longueur d’avance avec son méthanier pilote Methane Pioneer (1958) financé par le British Gas Council. Pour relever ce défi technologique, ce ne sont pas moins de trois chantiers de l’Hexagone qui répondent à l’appel du monde gazier français : Saint-Nazaire, Bordeaux/Dunkerque et Le Trait, près de Rouen. Ils s’associent pour mettre au point une technique de transport du gaz par mer.

Le Beauvais,racheté par la Société Méthane Transport, est transformé aux Chantiers de l’Atlantique en navire laboratoire destiné au transport de gaz liquéfié. Construit en 1943, il a participé sous le nom de John Lawson à la logistique du D-Day, avant d’être rendu à la vie civile en 1947 sous le pavillon des Messageries Maritimes pour l’Extrême-Orient. Dans le cadre de ses nouvelles activités, le navire est rebaptisé le Beauvais.
En février 1961, il commence donc une nouvelle carrière en arrivant dans le bassin de Penhoët. Sa transformation va prendre un an. Trois cuves expérimentales conçues par le consortium sont installées après des aménagements effectués sous la supervision des Chantiers de l’Atlantique qui sont aussi les concepteurs de la plus grande cuve d’une capacité de 400 m3. La cuve du chantier breton est rectangulaire alors que les deux autres sont cylindriques, celle de Bordeaux/Dunkerque est multilobée, ce qui lui donne une forme de citrouille. Lors des essais, celle de Saint-Nazaire se révélera la plus performante avec le moins de perte de gaz.
La suite est dans le numéro 271 d’ArMen (mars-avril 2026)



