Édito – La perte du centre

La terre est en train de devenir ronde. Il n’y a plus de centre, elle devient multipolaire. Et c’est formidable.

Parce que plonger la tête dans le sable n’a jamais protégé personne, le festival Étonnants Voyageurs à Saint-Malo, sous la houlette de Michel Le Bris, invite ce printemps l’Afrique en mouvement. “Ce que je retire de cette expérience, de la création de cette manifestation littéraire et cinématographique, c’est que si l’on s’ouvre au reste du monde, le monde s’ouvre à vous.”

C’est bien ce que le médecin de marine brestois Victor Segalen avait à l’esprit, lorsqu’il a pris le chemin de la Chine encore peu fréquenté. Il y eut Pierre Loti (Les Derniers Jours de Pékin, 1902), Paul Claudel (Connaissance de l’Est, 1907)… À quoi ressemblait la Chine sous leur plume ? Et à quoi ressemble-t-elle aujourd’hui ? L’empire du Milieu demeure une terre fantasmée. Les cols Mao bleu pétrole sont tombés. Et après ? La Chine, par son immensité, par son histoire millénaire, par son irruption et par sa fulgurante ascension en ce début de xxie siècle, mais aussi par la méconnaissance que l’on en a, effraie ou attire.

Or, la Bretagne, terre à l’extrême ouest de l’Europe, n’aurait-elle pas une carte à jouer ? Depuis au moins cinq siècles, les Bretons cherchent à comprendre l’Extrême-Orient. Ils s’appellent Pierre Malherbe “Marco-Polo d’Armorique”, Jean-Baptiste Budes de Guébriant, Jean Cremet “Hermine rouge de Shanghai”… Victor Segalen parcourt la Chine de 1909 à 1917. Sa connaissance de la civilisation chinoise s’avère à l’époque inégalée. Il a su se libérer de la tradition européenne et se laisser happer par cette très ancienne civilisation.

Yang XiaoJian, artiste de Shanghai de renommée internationale, a suivi cet hiver ses traces jusqu’au Huelgoat, au cœur de la Bretagne. Dans la forêt se trouve la stèle, vestige de l’ultime séjour de l’archéologue, ethnographe et poète. La venue de Yang XiaoJian participe au renforcement des relations culturelles entre l’Orient et l’Occident, à leur compréhension. Il en est conscient et s’en réjouit.

Le monde bouge, le monde change, les repères vacillent. “Cette partie, d’affronter l’avenir, soit on la joue, soit on est cuit”, affirme Michel Le Bris, le regard bleu acéré, perdu dans les lointains d’Haïti, de Bamako, de Brazzaville, escales du festival. “Un monde s’en va, un autre vient. Et ce sont les artistes, plus que les spécialistes, qui donnent à voir l’inconnu de ce qui vient. On peut le vérifier à chaque époque : ce sont les artistes, les musiciens, les peintres, les écrivains qui donnent un visage à l’inconnu du monde.”

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Une Réaction à “Édito – La perte du centre”

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