Muriel Desfontaine

Enracinée en centre Bretagne, Anne Auffret est l’une des grandes voix de Bretagne. Celle qui s’est réapproprié la langue bretonne par le chant est aussi une harpiste talentueuse et une passeuse de culture passionnée.

“Petite, pas fière, douce, riante, un peu anxieuse…”, telle est la description d’Anne Auffret dans un article de presse de juillet 1974, qui poursuit : “La voix ? Un coup de poing ! Elle frappe, impressionne, remue, empoigne et trouble. […] Sa voix, bien frappée, de grande étendue, a quelque chose de céleste.” Plus de cinquante ans après, Anne Auffret n’a pas changé, ni de caractère, ni de voix. Alors qu’elle accède enfin à une pleine reconnaissance de son talent, elle sait le temps qu’il lui a fallu pour trouver sa voie.

Une voix

Anne Auffret a été repérée très jeune pour sa voix cristalline et juste, héritée de sa mère Marie, elle-même excellente chanteuse dont Anne appréciait le timbre unique, comme elle appréciait ceux de l’abbé Daniel, recteur de Bulat, “une voix timbrée et claire, avec quelque chose de lumineux” et d’une religieuse de Gouarec “qui avait quelque chose d’un oiseau”.

Pensionnaire à l’Institution Notre-Dame à Gouarec, elle apprend le solfège et la guitare au collège. Puis Anne ira étudier à Angers à l’école de jardinière d’enfants. Sortie de son milieu, “j’ai eu l’impression de me réveiller. Au foyer de jeunes filles où je logeais, des filles étudiaient la musique au conservatoire. Je me suis rendu compte que j’étais en train de passer à côté de ce que j’aimais vraiment et ce pour quoi j’avais des aptitudes.”

Anne passe ses étés de jeunesse comme monitrice de colonie de vacances, au sein de l’UFCV, un vrai laboratoire d’expérimentations artistiques, expression corporelle, théâtre… “Un soir, on s’est retrouvés entre moniteurs, à l’auberge Ar Stivel à Guilers, et l’animateur, Robert Joubin, m’a invitée à revenir avec plus de chansons en breton. À partir de ce moment-là, j’ai commencé à construire un répertoire.” En parallèle, elle devient institutrice à Hénon.

Racines

La plus célèbre des Bulatoises est née à côté de l’un des plus célèbres Bulatois : un chêne pédonculé millénaire, un des plus vieux d’Europe paraît-il, installé derrière sa maison natale à Tronjoly : “On raconte que pendant la Révolution, un prêtre y avait caché sa bibliothèque et son lit. Moi, j’emportais mes poupées à l’intérieur. J’ai vécu là une enfance facile, dans ce milieu familial. Nous étions seuls dans ce village et le retour à la maison entre les périodes scolaires était, à chaque fois, une fête et une liberté retrouvée. Finies les obligations, j’étais rendue à moi-même et à mes rêves. C’est peut-être ce qui m’a profondément ancrée dans ces lieux, les pieds dans la terre, proche des sources et des ruisseaux, proche des rocs, proche des arbres.”

Elle habite désormais à deux kilomètres de son lieu de naissance, dans un écrin de verdure qu’elle aime entretenir. “Je passe beaucoup de temps dans mon jardin”, avoue-t-elle, dans un mélange de plaisir et d’impatience face à cette occupation chronophage, mais nécessaire.

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