Édito – Une Bretagne vivante

Erwan Keravec est un sonneur de cornemuse écossaise. Un virtuose. Il sonne ses compositions. Il sonne de la musique traditionnelle. Mais avant toute chose, il sonne pour la danse contemporaine, il sonne en musique contemporaine, il sonne des improvisations. Erwan Keravec est un plasticien du son. C’est au sein du bagad Roñsed-Mor de Locoal-Mendon qu’il apprivoise son instrument qui deviendra instrument de prédilection. Il aime la porosité entre les styles, les rencontres, les confrontations, les approches neuves. Il ouvre son instrument à tous les vents et tout particulièrement à la fièvre des villes. Sa préférence ne va pas à l’univers champêtre, rural, pastoral mais plutôt urbain, à angles durs et à vibrations profondes. D’où le titre de son premier album Urban Pipes. Comme l’écrivait, lors de sa sortie, le chroniqueur musical Michel Toutous, “Erwan Keravec se distingue par son originalité, car il est bien le seul à oser s’aventurer sur ces chemins non balisés”.

En évoluant ainsi, il heurte. En parcourant ces nouvelles terres sonores, il déstabilise de part et d’autre tant l’auditoire traditionnel, les puristes de la cornemuse écossaise, que le spectateur habitué des opéras. Il prend sa culture bretonne à bras-le-corps et il la plonge dans le XXIe siècle. C’est ce qui nous plaît intensément à ArMen. Partir des racines pour s’élever vers un ailleurs, vers demain, vers un au-delà des frontières. Et tant pis, ou plutôt tant mieux, si le chemin n’est pas tracé, s’il se parcourt sans carte et sans repères, et s’il prend parfois des allures étranges, quittant la pratique strictement mélodique. Erwan Keravec ne séduit pas ; il défriche, surprend, nous arrache à l’inertie. Et c’est bien ce qu’il souhaite. Sa recherche est effrénée et perpétuelle. Son engagement envers la musique improvisée, total.

“Oui, encore, à Erwan Keravec qui lance sa cornemuse dans la musique contemporaine, écrit Jean-Michel Le Boulanger dans son ouvrage Être breton ? paru aux éditions Palantines en 2013. Oui à Mickaël Phelippeau ou au Cercle de Kerfeunten qui marient danse traditionnelle et danse contemporaine, à Krismen ou à dj Blue, qui ‘rappent’ ou qui ‘mixent’ en breton, oui à tous ceux si nombreux qui osent chanter la Bretagne dans des formes nouvelles, innovantes. Qui osent bousculer. À chaque fois, dans chaque esthétique, la création se nourrit de traditions. C’est ainsi que la Bretagne reste vivante.” Avec Erwan Keravec, la cornemuse devient instrument universel.

Chloé Batissou

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