ÉDITO – La Bretagne plante des arbres

On n’est jamais seul en forêt. Le passage d’un chevreuil, une tronçonneuse au loin, un cueilleur de champignons, un escargot de Quimper qui musarde… Et si cette enquête sur les bois et forêts de Bretagne n’était qu’un prétexte. Un alibi qui offre l’occasion d’emprunter les sentiers, de prendre le temps d’observer les ramures, les cimes, la forme des feuilles et leurs couleurs. Pour élaborer ce numéro, nous avons convié différents regards, diverses sensibilités.

La forêt marque les saisons. La forêt est habitée. Le photographe Patrick Kuhn a rencontré, à Avaugour-Bois-Meur, ceux qui s’y promènent, chassent, cueillent, mais aussi ceux qui en vivent et font vivre les bois de par leurs coupes savantes et calculées, sylviculteurs, bûcherons, gardes forestiers… chargés de créer des éclaircies, d’exploiter des arbres parvenus à maturité. La forêt est entretenue. Plus à l’ouest, c’est une habitante elle aussi du couvert sylvestre qui déambule jour après jour à cheval dans les entrelacs du massif de Landévennec. Aïcha Dupoy de Guitard en connaît les facettes, les lumières, les essences. Son travail photographique est exposé au conservatoire botanique national de Brest. Nous sommes heureux à ArMen de publier ces images embrumées, moussues, empreintes de l’humidité des bords de l’Aulne et de la rosée de l’aube. Rare témoin des forêts de feuillus de la côte bretonne, c’est ici qu’a été créée, voici dix ans, une réserve biologique intégrale par l’Office national des forêts. On y croise le chêne pédonculé aux branches sinueuses et lourdes, à l’écorce grise, craquelée, vénérable et sacré dans nos contrées, à l’image de celui qui se dresse dans le bourg de Langourla, classé arbre remarquable. Ses vertus sont narrées par Daniel Giraudon jamais avare d’anecdotes. Le légendaire n’étant jamais bien loin. La Roche tremblante et le Ménage de la Vierge au Huelgoat, le Val sans retour, le Miroir aux fées et le Tombeau du Géant à Brocéliande sont les preuves de ces charmes qui perdurent. Brocéliande, Brécilien ou Paimpont, comment nommer la forêt la plus étendue et certainement la plus célèbre de Bretagne ? La voici chantée par Philippe Manguin qui signe la couverture de ce numéro : un automne qui rayonne.

Le journaliste Christian Campion a accompagné de sa plume réaliste et documentée ces trois visions impressionnistes. Non, contrairement à certaines idées reçues, la Bretagne ne possède pas un dense manteau boisé, “les forêts et les bois ne couvrent que 14 % du territoire” et “il faut remonter à la fin des glaciations pour retrouver les chênes, hêtres, noisetiers, bouleaux, ifs et tilleuls” imbriqués et entremêlés en un écheveau impénétrable. C’est là toute l’histoire du dernier film de Jacques Perrin, Les Saisons, sur la forêt européenne et ses évolutions. On y aperçoit quelques images de Daoulas, son abbaye et son jardin des simples et désormais ses arbres médicinaux. “Il fut ainsi un temps où les écureuils pouvaient sauter de branche en branche de la Bretagne jusqu’aux confins de la Russie”, conte le cinéaste. La naissance de la forêt a marqué la fin de l’hiver éternel qui sévissait depuis 80 000 ans. Le cycle des saisons s’est mis en place. Le paysage en a été bouleversé. Aujourd’hui, la forêt bretonne s’étend. La Bretagne plante des arbres… et c’est une excellente nouvelle. Pour la faune sauvage, la flore et pour l’homme.

Chloé Batissou

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