Mélanie Urien

En 1976, à Plozévet, en pays bigouden. Bleuenn Seveno se souvient des femmes à la coiffe haute, d’une Bretagne rugueuse et puissante. Aujourd’hui designeuse et directrice créative installée à Morlaix, ces images d’enfance nourrissent toujours son inspiration.

Ce qui a forgé, très tôt, la créativité de Bleuenn Seveno, c’est l’énergie bretonne éprouvée dès son plus jeune âge. Fille d’une famille engagée et ouverte sur le monde, elle grandit dans un foyer où l’on ne parle pas breton, mais où l’on milite pour sa renaissance. Non par nostalgie, mais par volonté de comprendre ses racines, de se réapproprier une langue longtemps bafouée et de reprendre le pouvoir sur une culture forte et riche, alors symbole d’émancipation.

Son quotidien est bercé de culture, de concerts et de rencontres artistiques. La lutte de Plogoff marque durablement son esprit. Dans ce petit bout du monde sauvage, les habitants s’unissent contre l’implantation d’une centrale nucléaire. Sept années de combat, qui se solderont par l’abandon du projet. De ces “années Plogoff”, Bleuenn garde le souvenir d’un bouillonnement culturel et intellectuel. Les prémices d’un mouvement collectif mêlant identité et création, qui marquera le parcours de nombreux artistes, dont le sien.

La création pour s’exprimer

Bleuenn Seveno entretient depuis toujours un lien profond avec le dessin. Très instinctivement, les gestes manuels s’imposent. En 1994, elle intègre les beaux-arts de Brest. Si les études nourrissent sa culture artistique, le stylisme s’impose comme son terrain d’expression. Elle s’enthousiasme de voir un motif devenir tissu, d’appréhender le processus créatif, du dessin à l’objet porté.

Elle termine ses études à Paris, convoquant la Bretagne dans ses travaux et découvrant les œuvres de François Hippolyte Lalaisse, René-Yves Creston et Val Piriou. De ces influences naissent des vêtements inspirés de motifs et habits bretons. Des planches d’esquisses qu’elle a conservées toute sa carrière et qu’elle a exposées régulièrement. Sa première expérience professionnelle se fait naturellement à Paris, dans un bureau de création. Une étape formatrice, mais déjà l’appel de la Bretagne se fait sentir.

Être à sa place, ici et nulle part ailleurs

À la fin des années 1990, Bleuenn Seveno perçoit une effervescence nouvelle : des bureaux de style parisiens travaillent avec des marques bretonnes. À distance, elle a le sentiment de ne pouvoir y participer. En 1999, elle s’installe à Rennes, point d’ancrage entre son Finistère natal et la capitale française. Un entre-deux assumé, à l’image de son parcours : à la croisée du design, du territoire et de l’engagement.

Elle désire contribuer à cette dynamique émergente, apporter une touche d’innovation à la création textile et une compréhension fine et sensible de la Bretagne. La réalité se révèle plus complexe. Faire entendre sa voix et affirmer une légitimité créative, tout en étant ancrée localement, n’est pas chose aisée. À 24 ans, on l’imagine déjà lancer sa propre marque, elle qui aspire avant tout à dessiner, expérimenter, et participer à des projets collectifs. “Je me suis alors sentie seule dans mon aventure entrepreneuriale”, confie-t-elle.

En 2000, elle s’associe à une entreprise bretonne pour le concours “Création Bretagne”, porté par Armor-Lux, Nelly Rodi et France Télécom. Bleuenn Seveno conçoit une tenue complète avec capuche, tunique et pantalon ample, profondément inspirée de la Bretagne et pensée comme un héritage vivant. Le duo remporte le concours, offrant à la créatrice une visibilité décisive et confirmant la justesse de son intuition.

La suite est à lire dans ArMen n°271, mars-avril 2026.

Cliché : Capucine Petit

Autres articles de ce numéro:

A lire également