Édito – Lorient, Bombay, Singapour

Le numéro 200 de la revue ArMen a donné l’élan, un nouvel élan. C’est le propre et l’avantage des anniversaires. Se poser, se remettre en question, porter un nouveau regard. Nous comptons vivement à ce propos sur votre participation au questionnaire que vous trouverez encarté dans ce numéro, questionnaire destiné à mieux vous connaître.

Il nous est apparu comme une évidence. La une, la couverture, pouvait être différente. Donnant davantage la place au visuel, elle exprime aussi ce soin tout particulier accordé à l’iconographie par la revue ArMen. Nous avons la chance de pouvoir compter dans l’équipe de la rédaction sur les talents d’un iconographe, qui plus est photographe. L’iconographe, dont la mission sans cesse renouvelée est de partir à la recherche, de se creuser la tête, de fouiner auprès des musées, auprès de la Bibliothèque nationale d’Irlande, des archives du National Geographic, de l’université de Glasgow, des agences photo, des centres d’exposition de photographies comme le Centre Atlantique de la Photographie à Brest, l’Imagerie à Lannion, Le Carré d’Art à Chartres-de-Bretagne, Le Lieu à Lorient, les illustrations qui accompagneront au mieux un article, qui renforceront la dynamique du récit, qui a contrario se positionneront en décalage, qui, parfois et de plus en plus souvent, souligneront un travail d’auteur déjà reconnu ou émergent.

Dans ce numéro d’été, nous prenons la mer dans cette ville au nom déjà porteur d’imaginaire, Lorient, autrefois orthographiée L’Orient, ville née de et pour servir les intérêts de la Compagnie des Indes. Ils furent nombreux à attendre les embarquements, à rêver à l’or en cascades, à désirer devenir nabab. Peu y parvinrent. Beaucoup chutèrent. Le capitaine de Liron est de ceux-ci ou de ceux-là. En page 26, on distingue ses traits, sa posture altière, son air décidé quoique rêveur. Il s’agit, selon Brigitte Nicolas, conservateur du musée de la Compagnie des Indes, de l’unique portrait connu d’un capitaine d’infanterie de la Compagnie des Indes. Par chance, fin limier, “tel Sherlock Holmes”, comme elle en sourit elle-même, elle a pu prendre connaissance d’une partie de sa correspondance. Le 10 janvier 1752, celui-ci, dans l’attente d’embarquer à Lorient, écrit : “Je suis ici depuis un mois ; je suis logé dans une maison bourgeoise, où il y a deux demoiselles, et, tous les jours, il y a une grande assemblée pour le jeu ; l’on m’a enfin obligé de faire la partie de médiateur, me voilà obligé de tenir le siège depuis, jusqu’à dix heures du soir.”

Lorient, par son histoire, est l’endroit rêvé pour le théâtre aujourd’hui. Une ville dont le nom même, estime Éric Vigner, le directeur artistique du .éâtre de Lorient, est “un mot magique. Lorient s’ajoute dans mon imaginaire à la litanie des noms de villes qui sont au bord de la mer, Bombay, Singapour, Sydney, Rio… On invente les noms, on construit les villes.”

Chloé Batissou

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