ÉDITO – En pleine germination

En janvier dernier, alors que nous préparions ce numéro dont le grand angle est consacré aux jardins de Bretagne, un courrier de lecteur – abonné d’ArMen dès le premier numéro – est arrivé à la rédaction. En réaction à l’article paru dans la rubrique Sciences et recherche, “Invasions biologiques” (voir ArMen n° 204), l’auteur de la missive précisait ceci : “Si, professionnellement, j’ai été confronté à ces problèmes et plus particulièrement à l’ensemble de leurs contradictions, si je ne peux que souscrire à l’ensemble des recherches actuelles sur ces invasions […], je regrette que le patrimoine exotique végétal ne soit parfois réduit et vu qu’au travers de la seule question biologique, faisant fi d’un autre patrimoine qui me semble également important, le patrimoine culturel créé par le monde végétal”. Joint à la lettre, un ouvrage qu’il venait de signer, Les Plantes exotiques, une réputation perdue ?, paru aux éditions Petit-Génie, jeune maison installée à Saint-Nazaire.

Par ces quelques mots survenus en pleine germination de ce numéro, l’ingénieur horticole et paysagiste Yves-Marie Allain, qui fut longtemps à la tête du Jardin des plantes de Paris et de l’Arboretum national de Chèvreloup (Muséum national d’histoire naturelle), sans s’en douter, a donné le fil vert. “Sans toutes ces introductions, à quoi ressembleraient les parcs et jardins de Bretagne aujourd’hui, qu’en serait-il de la diversité des formes, des volumes, des textures, des dessins et des couleurs ?” Qu’il s’agisse du parc de Boutiguéry, du Grand Launay à Lanrivain, en passant par le conservatoire botanique national de Brest, Kerdalo, Le Pellinec, le domaine de La Roche-Jagu, le jardin exotique de Roscoff, publics et privés, ils associent, en leur sein, plantes exotiques et indigènes.

La Bretagne fait partie des trois régions en France où l’on rencontre la plus grande densité de beaux jardins. La douceur du climat sous influence océanique influe évidemment. Beaucoup d’eau. Peu de gel. Beaucoup de soleil. De même que la terre légèrement acide. Sur les cinq cents dénombrés officiellement en Bretagne, cent cinquante sont réunis au sein de l’association des Parcs et Jardins de Bretagne. Selon son président, Geoffroy de Longuemar, interviewé par le journaliste Christian Campion lors de son reportage “Un jardin aux couleurs du monde”, la mer est clairement ce qui détermine leur caractère.

Une mer précisément par laquelle sont arrivées, dès le XVIIe siècle, sur des navires marchands, militaires ou baleiniers, graines, boutures et plantes venues de terres lointaines. Ces flores dites exotiques – du grec exotikos, étranger, dont le radical exo signifie en dehors – ont transformé et enrichi les décors permanents et temporaires de nos parcs et jardins. Certains végétaux appartiennent même désormais à l’identité de la péninsule. “Ils semblent être nés du sol du massif armoricain. Ils ne sont plus porteurs d’exotisme. Ils appartiennent au patrimoine vernaculaire breton”, remarque Yves-Marie Allain dans son article. L’hortensia venu d’Extrême-Orient en est l’archétype.

Ainsi va la genèse d’ArMen qui se renouvelle à chaque édition grâce à vous, lecteurs attentifs et exigeants.

Chloé Batissou

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