Michaël Bernadat, sevener : eus ar metal e kreiz bro-C’hall d’ar sinema e brezhoneg e Brest

La Bretagne pour aller jusqu’au bout de ses rêves

Il est arrivé à Brest il n’y a pas longtemps. Il avait déjà réalisé douze courts-métrages et de nombreux clips musicaux, notamment de groupes metal et des Tambours du Bronx. Il a plein de projets avec le Maquis à Brest et une communauté d’amis à Paris. Il a été découvert par les bretonnants quand il a gagné en juin dernier le concours des Filmoù chakod / Films de poche « spécial confinement ».

Une enfance et une adolescence loin du cinéma

Pour Michaël, l’enfance et l’adolescence sont deux périodes à oublier : trop souvent seul, mis de côté, pendant une scolarité longue et ennuyeuse. L’enfant se crée alors un autre monde, plus agréable, avec ses propres images. Au collège, même ambiance. Au lycée technologique où il apprend le métier d’électricien il joue dans un groupe de musique metal. Comme ses parents sont divorcés, il passe une semaine sur deux chez son père, cinéphile, qui lui fait regarder de nombreux films. Ouvrier, il disait à son fils : « Tu ne seras pas ouvrier, mon fils, les ouvriers ne sont pas des gens intéressants »… Et Michael de partir à Paris. Il s’inscrit à l’ENSAT, une école de cinéma, afin de relier ses différents domaines de prédilection : l’électricité, les images et la musique. Il y apprend beaucoup, mais surtout, il s’inscrit alors dans un réseau de créateurs, de réalisateurs et les amis qu’il s’y fait vont devenir ses collaborateurs sur de nombreux projets de films.

La Bretagne pour aller jusqu’au bout de ses rêves

 La vie est trop chère à Paris, les autos, la pollution, Toulouse est trop chaude… Où aller alors ? « Où le vent souffle, dans un pays à l’identité forte que l’on ne peut comprendre si l’on ne comprend pas sa langue », il en est intimement persuadé. Il participe alors au Maquis, une communauté d’artistes de Brest qui mène de nombreux projets artistiques. Il s’inscrit à Sked pour une année de cours du soir de breton, puis il continue avec un stage « au triple galop » (trois heures par jour, trois fois par semaine). Enfin il suit la formation professionnelle longue de six mois, et là il se met à parler couramment le breton. Comme l’anglais, qu’il avait vite assimilé, et le japonais qu’il avait commencé à apprendre à Paris.

Les cheminées, premier prix du concours « Films de poche »

 Il n’avait réalisé aucun film en breton. Quand le confinement est arrivé à Brest, il a eu l’idée de participer au concours de films de poche proposé par Daoulagad Breizh, Brezhoweb et les Ti ar vro (Maisons de Pays) de Douarnenez, Quimper, Quimperlé, Landerneau-Daoulas et du Léon. Son objectif était de parler de la façon dont les Brestois passaient ces deux mois de confinement.

Avec ses trois enfants Robin, Junon et Abel, sa femme, sa filleule Léa et Louise Maisonneuve, qui a appris le montage en le réalisant sur une grande partie du film, ils tournent pendant deux semaines, trouvent des idées, dessinent sur les fenêtres, imaginent… Michaël travaille la voix off, le texte, d’abord en français puis très vite en breton. Il se fait aider pour la correction, l’intonation de sa voix… Et sur les 34 films réalisés pour le concours, celui de sa famille remporte le premier prix. Un film tendre et sensible qui a aussi une dimension sociale, montrant comment plusieurs familles ont vécu ce confinement à Brest : « J’étais très choqué lors du confinement de voir certains groupes se déchaîner sur les réseaux sociaux quand la mairie venait en aide aux plus démunis de la ville. « [1]

Et après ?

Le regard d’un homme arrivant en Bretagne sur ce qui est filmé en Bretagne et en breton est éclairant. Quand on lui demande quel film en breton lui paraît intéressant, il répond : « La mer, toujours[1]« . Selon lui, pour favoriser la création de films de fiction en breton, il faudrait encourager les réalisateurs de courts- métrages de fiction.

Il participera fin septembre au workshop de Groupe Ouest. Il a aussi le projet d’un documentaire avec des paysans indiens (il a tourné une semaine en Inde) et un court-métrage de fiction à partir de la nouvelle « Dre ar prenestr » (Par la fenêtre) écrite par Goulc’han Kervella.

Un cinéma social avant tout : par qui a été influencé Michaël ?

Bruno Dumont, Robert Bresson, Raymond Depardon, Claire Denis, Agnès Varda sont ses réalisateurs préférés. S’il était riche, il réaliserait « un film social dans un monde de science-fiction, façon Star Wars, avec des gens pauvres qui cherchent à survivre. Notre époque n’est plus loin du monde imaginé dans 1984. Ou bien alors le film que je suis en train de préparer en français, un long-métrage de fiction. L’histoire d’un couple dont la femme chute après une séance d’escalade et qui, handicapée, va voir sa vie se transformer. »

Bretagne : « Un pays caché, peut-être le seul en France avec le Pays basque… »

 « La langue bretonne est la seule chose qui est encore vivante et qui est facile à sentir, à apprendre, qui demeure présente. Les anciens sont la clé pour qu’elle revienne dans ce pays. À Brest, on peut parler très facilement breton, sur la place de la Liberté par exemple. C’est la seule chose qui reste et sur laquelle on peut s’appuyer, c’est le seul lien qui reste en fait. Et si ça, ça disparaît, il n’y aura plus que des grandes surfaces sur les bords de voies express et des vendeurs de Traou Mad (bonnes choses, galettes bretonnes)… C’est triste, car il y a vraiment quelque chose ici », dit ce passionné d’Anjela Duval.

[1]    Ar mor atav : http://www.celticmediafestival.co.uk/view-entry/4310

[1]    https://youtu.be/a1Xt3fDrrIQ

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